Cet article est une contribution au laboratoire d’idées “Vers un monde meilleur”. Ses membres publient une fois par mois un article sur un thème commun. Ce mois-ci, le thème est “Gérer ses émotions”, proposé par Céline du blog Apprendre en s’amusant et son article 5 pistes pour (ENFIN) éviter les crises.

gestion emotion autismeLes émotions ne se manifestent pas chez la personne autiste comme elles se manifestent chez la plupart d’entre nous. C’est un point que nous avons déjà abordé dans un de mes billets précédents.

En effet, la compréhension, l’interprétation, l’intensité et la gestion de celles-ci sont souvent vécues de manière tout à fait différente.

Parfois, l’émotion viendra plus tard ou semblera absente puis une fois assimilée pourra devenir persistante. Elle peut aussi arriver tout de suite de manière très violente ou confuse et être alors difficile à comprendre pour l’entourage et par conséquent compliquée à gérer pour tout le monde. Votre enfant peut également la percevoir comme un fait et la traiter de façon logique. Parfois encore une émotion peut exercer sa fascination, il jouera alors avec elle pour voir apparaître certains phénomènes chez l’autre sans comprendre le tort ou l’agacement que cela génère.

Bref, la gestion de l’émotion est une affaire de codes qui peut créer bien des écueils lorsque deux mondes ne se connaissent pas !

Pour aider votre enfant à gérer ses émotions, il est important de lui apprendre :

  • à les identifier le plus tôt possible
  • à les nommer et les intérioriser en fonction d’un contexte donné
  • à savoir les exprimer et à réagir de façon socialement adaptée
  • à se respecter dans sa façon de les vivre

Mais avant toute chose, pour éviter les montagnes russes émotionnelles, je vous invite à mettre en place dans le quotidien de votre enfant une structure par le biais d’un emploi du temps visuel. Cet environnement cadré, permettra à votre enfant d’anticiper ses journées, de les rendre prévisibles et, de ce fait, moins anxiogènes. Un cadre apaisant l’aidera à mieux canaliser ses émotions. N’hésitez pas à télécharger les pictogrammes se trouvant dans le guide (gratuit) que vous trouverez à droite de cet article.

La gestion des émotions étapes par étapes :

Lorsque notre enfant a de bonnes aptitudes, il nous semble souvent plus simple de sauter l’étape de l’identification. Or, l’apprentissage des émotions de bases reste un exercice primordial pour avancer par la suite correctement. Tout d’abord, il vous permettra de savoir où se situe exactement votre enfant dans sa capacité à reconnaître les émotions sur les visages. Reconnait-il facilement la joie, la colère, la peur et la tristesse ? Associe-t-il ces émotions à un contexte ? Les reconnait-il en lui ?

Si votre enfant ne les saisit pas correctement c’est toute cette structure de raisonnement et d’intégration qui sera mise à mal.

Pour ce faire, je vous invite à réaliser de petits exercices avec votre enfant :

La première étape : Identifier et nommer les émotions.

  • Cela consiste à montrer à votre enfant des photos de visages exprimant ces émotions. Apprenez les ensembles en créant de petits jeux (mémos, devinettes, etc.) et nommez-les à chaque fois.

Deuxième étape : Nommer et intérioriser les émotions en fonction d’un contexte donné.

  • Répétez les jeux de l’étape 1 avec des expressions dessinées. Pour les plus créatifs, un jeu de 4 (à 7) familles pourra être créé. Vous pouvez également photocopier des pages de bandes dessinées (Boule et Bill, les Schtroumpfs, etc.) et effacer, sur des séquences choisies, l’expression d’un des personnages. Votre enfant devra alors désigner l’expression appropriée à la situation à l’aide par exemple de petits smileys confectionnés à l’avance (avec lesquels votre enfant est familier).
  • Il existe également un livre très bien réalisé parfait pour ce genre d’exercices : Apprendre aux enfants autistes à comprendre la pensée des autres de Patricia Howlin, Simon Baron-Cohen et Julie Hadwin, (Editions De Boeck). J’en parle en détail dans cet article.
  • Dans votre quotidien faites de même. Mettez en mots ses émotions et les vôtres et étayez votre discours. « Tu es heureux d’avoir ce beau camion rouge ! C’est agréable hein !? », « Tu vois, ton cousin pleure. Il a mal, il est tombé et s’est écorché le genou. Sa maman lui fait un câlin pour le consoler. Ça lui fait du bien », « Mon vase est cassé. Je suis en colère. Regarde, je fais les gros yeux. Je t’avais demandé de jouer avec ta balle dehors ». Ne culpabilisez pas votre enfant, le but n’est évidemment pas de lui faire la morale mais seulement de lui faire comprendre avec bienveillance ce que chacun ressent, comment les émotions se manifestent et pourquoi.
  • Un autre outil ludique d’intégration des émotions peut être de mimer ensemble les émotions devant un miroir. En général, les enfants adorent faire ce genre de grimaces. Et même si imiter certaines expressions est plus particulièrement difficile pour votre enfant, c’est un bon moyen de se découvrir et de travailler l’expressivité. Vous pouvez également faire des séances photos et même vous resservir de ces supports rigolos par la suite. Pour motiver d’avantage votre enfant, vous pouvez proposer en fin de séance quelques photos déformées grâce aux effets « miroirs magiques » proposés par des applications sur les portables et les tablettes. Pour certains, ce sera la crise de fous rires assurée. A prendre avec des pincettes toutefois, d’autres n’aiment pas du tout ça !

Troisième étape : Savoir exprimer ses émotions et réagir de façon socialement adaptée grâce aux outils de gestion des émotions.

Inspirez-vous de ces modèles pour créer un tableau des solutions à la maison qui aidera votre enfant à retrouver sa tranquillité en cas d’émotions trop intenses. Le but étant de lister les différentes situations qui amènent votre enfant à se sentir mal et à les associer au niveau d’inconfort correspondant représenté par un chiffre ou une couleur.

  1. / vert : tout est ok, je me sens bien
  2. / jaune : Je me sens mal, petite contrariété
  3. / orange : ma colère monte, je me sens nerveux
  4. / rouge : ma colère explose, je perds le contrôle

Ensuite, listez toutes les activités qui permettent à votre enfant de se concentrer, de s’apaiser ou de faire un break et de la même manière classez-les par degré d’efficacité.

Enfin, réalisez votre tableau de solutions. En face de chaque situation difficile illustrez deux à trois « solutions ressources » pour votre enfant. N’hésitez pas à utiliser une thématique que votre enfant adore. S’il est passionné de voiture, pourquoi ne pas réaliser un feu de circulation, s’il adore les chevaux, faites différents sauts d’obstacles, et ainsi de suite.

  • Autre outil formidable, si cela vous est possible et que votre enfant est verbal : inscrivez-le dès son entrée en CP à un groupe d’entraînement aux habiletés sociales ou à défaut faites-lui travailler la pragmatique du langage avec une orthophoniste.
  • Ensuite, un autre appui pour aider votre enfant à canaliser son trop plein d’émotions et à évacuer une surcharge émotionnelle est de lui faire pratiquer un sport ou une activité artistique. Ce conseil semble évident mais malheureusement il n’est pas toujours facile de trouver une activité qui plaise à son enfant et où il soit bien accepté par le groupe. N’hésitez pas à batailler gentiment mais fermement pour que votre enfant trouve une place dans une activité qui le passionne. Je donne quelques conseils dans le point 2 ici à ce sujet. L’expression artistique permet de communiquer d’une autre manière. Le sport également en plus de son aspect défouloir et canalisant. Et même s’il s’agit d’aller à un cours d’échec ou de chinois, votre enfant, s’il est bien encadré, y ressentira un bien-être qui ne pourra que l’aider.
  • Enfin, vous pouvez également lui faire visualiser cette petite vidéo. Elle est un très bon appui pour mes propres enfants.

Les 4 accords toltèques expliqués aux enfants :

Cette vidéo a beaucoup aidé Hugo à se protéger des mots blessants. Il y a encore peu il me confiait le cœur serré « Je ne peux pas faire comme si ça me faisait rien maman, ça me fait trop mal ! ». Aujourd’hui, il rentre fier et me répond « Je les ignore ! J’ignore leurs mots ! C’est bien hein maman !? ». Petite victoire fragile, mais petite victoire.

Quatrième étape : Apprenez-lui à se connaître et à se respecter dans sa façon de vivre ses émotions.

  • Les livres ci-dessous sont de très bons supports.

Si je ne devais en retenir que trois, je vous recommanderais :

  1. Pour se connaître, se comprendre, comprendre la société et s’accepter : Autisme… Qu’est-ce que c’est pour moi ?  de Catherine Faherty (éd. AFD – Autisme & troubles du développement).
  2. Pour comprendre les autres : Tu es un détective social ! – L’interaction sociale expliquée aux enfants de Michelle Garcia Winner et Pamela Crooke. (éd. Think Social Publishing, Inc.).
  3. Pour gérer son anxiété : Incroyable Moi maîtrise son anxiété  de Nathalie Couture et Geneviève Marcotte, (éd. Midi Trente).

Néanmoins, les deux suivants sont vraiment très intéressants aussi et plus ciblés :

  1. Pour canaliser sa colère : Grrr !!! Comment surmonter ta colère de Elizabeth Verdick et Marjorie Lisovskis, (éd. Midi Trente).
  2. Pour retrouver son calme et sa concentration : Calme et attentif comme une grenouille de Eline Snel, (éd. Les Arènes).

Vous trouverez les résumés de ces livres dans le menu suivant.

  • Surtout apprenez à votre enfant à accepter que ses émotions ne se manifestent pas de la même manière que chez la plupart des autres enfants du fait de son autisme. Déculpabilisez-le et au besoin lisez (sans lui) cette petite histoire du blog « Ma classe d’ados autistes » qui est arrivée à Josef Schovanec.

Les émotions de votre enfant sont bien réelles même si elles ne répondent pas toujours aux codes sociaux !

  • Pour se respecter, laissez votre enfant se ressourcer. Offrez-lui des temps calmes qui lui permettent de se déconnecter un peu du tumulte quotidien. N’oubliez pas que la société n’est pas conçue pour lui et qu’elle lui demande une énergie considérable chaque jour pour s’adapter.

Laissez-lui des plages de temps pour s’adonner à ses passions seul, lire ou encore jouer à des jeux vidéos. Tant que cette activité est cadrée et qu’elle lui permet de s’échapper un peu dans un univers agréable et ressourçant pour lui, laissez-le faire.

  • Si votre enfant a des stéréotypies apparentes (hand-flapping, balancements, etc.) sujettes à moqueries, apprenez-lui à les remplacer par des stéréotypies socialement acceptées en public mais laissez-les s’exprimer librement en privé. La plupart des stéréotypies de votre enfant lui permettent de réguler ses surcharges émotionnelles, intellectuelles et sensorielles. Seules les stéréotypies qui entravent le quotidien et empêchent l’apprentissage doivent faire l’objet d’une régulation par une structuration. Nous y reviendrons dans un prochain article.

Pour conclure, laissez-moi vous raconter quelques petites histoires personnelles…

Lorsque notre fils Hugo avait deux ans, il lui arrivait très souvent de nous marcher involontairement sur les pieds, nous lui expliquions un peu fâchés que cela faisait maaaal ! Et il nous éclatait de rire au nez… La notion de douleur chez l’autre ne lui parvenait pas. Il nous avoua quelques années plus tard que ce qui le fascinait c’était notre grimace de mécontentement et les « petits traits » qui se formaient sur notre visage.

Cette petite histoire en amène une autre. Il y a quelques années, lors d’une formation sur l’autisme, j’ai rencontré une auxiliaire de vie scolaire qui nous raconta qu’elle s’occupait d’un jeune garçon scolarisé en école ordinaire. Elle apprit un jour, brusquement, la mort de son propre père et se mit à pleurer. Or, le jeune garçon dont elle s’occupait ne comprenait pas le sens caché derrière les larmes. Il ne ressentait pas la grande tristesse de cette femme que pourtant il appréciait beaucoup. Il fut tellement fasciné par ces larmes qu’il reparla de la mort de cet être cher les jours qui suivirent, il voulait voir les larmes brillantes couler sur les joues de la jeune femme. Cela peut sembler cruel, pourtant, ce jeune garçon n’avait pas du tout conscience de la peine qu’il faisait.

Alors qu’Hugo avait à peine 4 ans, il nous est aussi arrivé une histoire de larmes. Nous venions de déménager et en sortant un plat du nouveau four, je me suis méchamment brûlée. J’ai lâché le plat sur le plan de travail et des larmes de douleur me sont venues aux yeux. Hugo ne m’avait jamais vu pleurer. Il ne cessait de me regarder et je sentais bien que la situation le dépassait. Il est venu me regarder de plus près puis il déclara d’un air très gêné mais assuré : « Maman, il faut que tu essuies l’eau qui sort de tes yeux ! »

Bien plus tard, à 8 ans, Hugo qui marchait toujours sur les pieds des autres^^, écrasa ceux de sa tante qui était en sandales car nous visitions les Baux-de-Provence par une chaleur écrasante (elle aussi). Imaginez sa grimace de douleur. Je réprimande donc mon fils avec mon éternel laïus que lui-même connaissait par cœur : « ça fait maaaal ! », « Tu comprends ? Elle a mal aux doigts de pieds là ?! Même si tu ne l’as pas fait exprès, il faut que tu lui dises pardon ! ». Tout à coup, une lumière passe dans les yeux de mon fils, il me demande « Ça veut dire qu’elle souffre ? ». Six ans à ânonner après nous « quand on marche sur les pieds de quelqu’un ça fait ? » « Maaaal ! » mais six ans pour passer du concept à l’intériorisation… désormais, il ne marche plus sur les pieds, il s’excuse platement plusieurs fois…

De retour de vacances, une situation difficile m’amène à pleurer une deuxième fois en présence de mon fils alors que nous sommes chez sa psychologue. Il joue à côté mais il relève la tête -ha zut, il avait branché ses antennes- : « Tu pleures maman ? Tu es triste ? Que t’arrive-t-il ? Pourquoi pleures-tu maman ? ». Il a fallu le rassurer, mais quel chemin parcouru ! Quelle joie !

Pour terminer, je conclurai avec cette anecdote. Il y a quelques mois, je dégringole dans les escaliers et je m’affale lamentablement en bas de la première série de marches. Oui je sais, je ne suis pas très adroite avec mon corps. Hugo me voit tomber et ne pas me relever tout de suite (Rhooo ben oui, ça fait maaaal !!!) Mais bon, pour lui, on dirait bien que le ressenti ne passe pas, il ne s’agit plus de pieds, certainement un petit problème de généralisation…  Il réfléchit un peu et me dit : « Il faut que j’appelle le 112 ? ». Mode Super-Héros !

Hugo Héros

Voilà, j’espère que ces outils vous seront utiles ! N’hésitez pas à me faire des retours ! Et si vous avez des anecdotes, faites comme moi, partagez-les ! 🙂

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