Autisme au collège et au lycée :
les aménagements pédagogiques

Votre élève autiste a un projet personnalisé de scolarisation (PPS) ?
Les aménagements et adaptations pédagogiques doivent être suivis, d’accord ! Mais ce n’est pas toujours simple à appliquer 🤔

Dans ce troisième volet, nous n’allons évidemment pas détailler la liste de tous les aménagements possibles mais étudier certains d’entre eux à travers le prisme de l’autisme. Ces quelques exemples devraient vous aider à les décliner aux apprentissages que vous allez proposer tout en comprenant ce qui est essentiel.

Si un PPS ou un PAP, n’a pas encore été proposé mais que vous souhaitez déjà en avoir la liste, voici les aménagements existants pour le second degré (PDF).

Communication sociale

Commençons par ce qui est particulièrement problématique pour votre élève avec un trouble du spectre de l’autisme (TSA)  : la communication sociale.
Comme nous l’avons vu dans les précédents volets, les problématiques liées à la communication sociale amènent une panoplie de difficultés assez conséquentes :

 

  • Impossibilité de décoder correctement :
    • les états mentaux des autres
    • les codes sociaux
    • le sens second
    • l’implicite
    • la globalité de l’information
    • la cohésion du discours
  • Niveau d’abstraction faible
  • Travail en groupe trop complexe
  • Troubles anxieux…
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Toutes ces difficultés vont avoir une incidence sur le travail de rédaction, la compréhension des consignes ou de l’ensemble d’une information, le travail de groupe, la participation orale

La rédaction

Dans de nombreuses matières, un travail de rédaction est demandé. Le niveau d’abstraction de votre élève autiste ainsi que ses difficultés de planification et d’organisation empêchent une restitution correcte de ses connaissances.

Ce que je peux faire

  • Permettre à l’élève de lire les questions avant le texte afin de faciliter la prise d’indices et l’aider à comprendre par anticipation ce qui est attendu
  • Proposer la restitution des connaissances sous une autre forme : décomposer en questions successives le déroulé d’une rédaction, QCM, texte à trous, etc.
  • L’autoriser à se servir d’une fiche méthodologique si la rédaction ne peut être évitée
  • Si votre élève a un trouble Dys (dyspraxie, dysorthographie, dyslexie…), ne pénalisez pas le soin, ni l’orthographe (même en langues vivantes) en testant par exemple les connaissances de votre élève à l’oral
  • Si l’oral est difficile ou impossible, interrogez votre élève en tête à tête ou privilégiez des outils de communication alternatifs comme l’échange écrit
  • Autoriser l’utilisation de surligneurs et l’emploi du crayon à papier. Ne pas imposer le stylo à plume

La compréhension du discours

Le discours est toujours un exercice complexe pour une personne ayant un trouble du spectre de l’autisme.
Votre élève a du mal à comprendre les informations dans leur ensemble et à en extraire correctement le sens
. Ce sont des difficultés relatives à la théorie de l’esprit, à la pragmatique du langage ou encore à la cohérence centrale : les pensées, les émotions, la symbolique, le sens second, l’implicite ne sont pas toujours bien compris et doivent alors être expliqués.

Ces difficultés sont présentes à l’oral comme à l’écrit et peuvent donner naissance à de nombreuses erreurs d’interprétations.
Elles sont souvent accentuées par la difficulté pour une personne autiste de réaliser deux actions conjointes (comprendre et écrire, écouter et regarder, etc.)

En voici deux exemples facile à comprendre à travers ces exercices de primaire. En enseignement secondaire, les difficultés s’accentuent : plus la consigne sera complexe, plus l’interprétation le sera également.

Ce que je peux faire

  • Expliquer les informations et les consignes complexes en fournissant un exemple
  • Décomposer les consignes en étapes (une seule consigne par question)
  • Donner la copie du cours et permettre à l’élève de se concentrer sur l’apprentissage plutôt que sur le travail d’écriture
  • Favoriser des livres ayant une version audio
  • Éviter le sens second et le langage implicite
  • Ne pas utiliser la double négation dans une même phrase
  • Expliquer la métaphore, l’ironie, l’humour si cela ne semble pas compris
  • Éviter le travail de groupe ou limiter autant que possible le groupe à deux élèves, en créant un groupe équilibré en termes de répartition des compétences
  • Éviter les doubles tâches (consigne pendant la lecture du sujet, etc.)
  • S’assurer de la compréhension des concepts

Contraintes sensorielles

L’ensemble des lieux qui se trouvent au sein de l’établissement scolaire comporte des contraintes sensorielles difficilement supportables par la majorité des élèves autistes. On pense bien évidemment au réfectoire, au gymnase, à la cour de récréation mais la salle de classe est également un environnement peu propice à la concentration.

Certains élèves autistes peuvent développer des stratégies d’évitement pour ne pas être soumis à cette épreuve imposée. Ils peuvent faire des choix qui ne sont pas les meilleurs pour eux juste pour limiter la confrontation aux stimuli sensoriels et à certaines interactions sociales.

Deux élèves autistes ont réalisé à travers le projet filmé suivant, l’expérience de la surcharge sensorielle en milieu scolaire. Il permet de mieux comprendre une partie des difficultés de votre élève et l’intérêt de proposer des adaptations en classe pour l’aider à rester dans les apprentissages.

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Ce que je peux faire

  • Permettre à l’élève de sortir de classe en cas de surcharge sensorielle
  • L’autoriser à choisir la place où il se sentira le mieux (certains élèves autistes préfèrent être en bout de rangée pour pouvoir sortir discrètement au besoin, d’autres loin des portes et des fenêtres, etc.)
  • Permettre l’utilisation d’outils sensoriels (casque ou bouchons d’oreilles, objets sensoriels, etc.)
  • Autoriser votre élève à passer ses évaluations dans une pièce au calme
  • Avoir accès à un coin au calme comme le CDI à la pause méridienne ou pendant les temps de récréation
  • Éviter le contact physique si votre élève ne le supporte pas
  • Accepter et comprendre les stéréotypies

Organisation, planification, transitions

Votre élève peut avoir beaucoup de mal à effectuer toutes les actions non routinières exigées à l’école en raison d’une perturbation des fonctions exécutives. Pour mieux comprendre cette difficulté vous pouvez vous référer au premier article de cette série.
Il est important de comprendre que les problématiques d’organisation, d’attention, de mobilisation du savoir, de gestion du matériel, de capacité à effectuer certaines tâches et certaines démarches ne sont pas des actions que l’élève autiste ne maitrise pas par manque d’application, ni de motivation.
Ce sont des aptitudes pour lesquelles il n’a pas d’autre solution que de s’appuyer sur des supports pédagogiques.

Pour la même raison, les transitions sont toujours compliquées pour une personne autiste. Mettre en place un environnement et un emploi du temps structuré aidera beaucoup votre élève. L’adaptation à un nouvel établissement et à ses règles sera certainement un peu plus compliquée pour votre élève autiste que pour les autres camarades. Il est important de poser un cadre clair dès les premiers jours en expliquant le fonctionnement de l’établissement et en le visitant.

Ce que je peux faire

  • S’assurer que votre élève maîtrise l’espace de travail numérique qui sera un outil indispensable pour lui
  • Tenir compte des contraintes associées (fatigue, lenteur, attention, concentration, anxiété…) : permettre des temps de pause, accepter de différer, limiter ou de segmenter le travail
  • Mettre en place un tiers temps ou un équivalent au tiers temps en diminuant le nombre d’exercices ou de questions lors des évaluations
  • Permettre l’utilisation de matériel pédagogique (ordinateur, souris scanner, etc.) et l’accès aux ressources utiles (prise de courant…)
  • Autoriser votre élève à choisir ses outils (cahiers, classeurs, petits carreaux, etc.). Un système d’organisation et un code couleur par matière existe peut-être déjà pour lui
  • Limiter l’écrit en différenciant les supports d’évaluation et en fournissant une copie papier ou numérique du cours
  • Éviter les doubles tâches et assurez-vous que les consignes orales soient transmises à l’écrit
  • Déposer l’ensemble des devoirs et supports de travail sur l’ENT
  • Alléger les devoirs

Pour le temps majoré, retirez plutôt un exercice entier que plusieurs fois un élément de plusieurs exercices. Cela apportera plus de clarté à ce qui est attendu et évitera stress et confusion pour votre élève.

Il n’est pas toujours possible de changer votre élève de salle lors des devoirs sur table (DST) car dans certains établissements cela se passe dans de grandes salles, sur un temps défini, sous la supervision des surveillants.

Ces conditions qui ressemblent beaucoup à un passage d’examen peuvent faire perdre à votre élève ses moyens en raison d’un niveau d’anxiété trop important. Certains enseignants proposent d’insister sur les notes de compétences en cours et de diminuer les gros coefficients des évaluations en DST. Cela permet d’équilibrer sur l’année la notation qui sera plus en adéquation avec les compétences réelles de l’élève. Il ne se sentira pas pénalisé et gagnera en confiance.

Pour les devoirs, il est très important de comprendre que votre élève fait en permanence un travail de compensation (sociale, sensorielle, organisationnelle…). Lorsqu’il rentre le soir, il est dans un état de surcharge et de fatigue peu propice aux apprentissages.
Les élèves autistes ayant besoin de plus de temps pour un même travail que vos autres élèves, il peut rapidement percevoir les devoirs comme un supplice. Ce temps de travail peut être particulièrement long. Il n’est pas dans de bonnes conditions pour mémoriser et prendre plaisir à l’enseignement. Il est alors impératif d’alléger les devoirs pour ne pas mettre votre élève en échec scolaire.

Vous pouvez utiliser un code discret dans l’ENT comme mettre un symbole (une flèche par exemple) devant le ou les exercices que lui n’aura pas à faire.

Difficultés motrices et visuo-spatiales

Les personnes autistes ont fréquemment des difficultés en motricité fine et globale, des troubles visuo-spatiaux.
Cela amène évidemment des problèmes de coordination (oculomoteurs, visuo-attentionnels, etc.). Cet aspect doit être pris en compte dans le travail d’écriture, de précision ou encore dans les activités sportives.
Ces difficultés peuvent poser problème dans le maniement des outils.
Les repères dans l’espace et le temps ne sont pas toujours simples. Il est, de ce fait, d’autant plus important de bien structurer vos enseignements.

Ce que je peux faire

  • Limiter l’écrit
  • Ne pas sanctionner le soin et l’écriture
  • Utiliser des codes couleurs, des schémas, des cartes, des frises
  •  En mathématiques, proposer des tableaux vierges, utiliser la manipulation et la visualisation (objets, pliages, etc.), s’appuyer sur un travail en binôme lors des activités nécessitant une motricité fine, accepter que la réponse ne soit pas rédigée si les calculs sont justes, ne pas sanctionner l’imprécision des tracés…
  • En Arts plastiques, valoriser l’intention et la créativité plutôt que la réalisation
  • En éducation physique, adapter les activités et les performances attendues, autoriser des règles différenciées

Inclusion

L’inclusion au collège, c’est extrêmement compliqué. Entre la 6e et la 3e, les élèves entrent dans l’adolescence, ils construisent leur identité à travers le groupe.
Ils cherchent les autres, les provoquent, testent les limites. S’imposent parfois des règles qui ne sont pas les leurs, pour être acceptés par l’ensemble du clan. Redoutant plus que tout d’être bannis.

Au lycée, les relations commencent à s’assouplir, les élèves ont mûrit. Ils acceptent mieux les différences. Certains les cultivent et suscitent l’admiration… L’ado se cherche toujours une « famille » mais c’est souvent beaucoup plus joyeux. Les libertés sont plus importantes, les responsabilités aussi.

Néanmoins, pour un élève autiste, s’intégrer au groupe, peu importe l’âge reste toujours compliqué. Je vous invite à (re)voir la vidéo de Paul El Kharrat dans le précédent article qui explique cette difficulté avec beaucoup de justesse et de cœur.

Revenez également aux points forts de votre élève TSA pour essayer vos solutions.

En tant que professeur, il est important de rester vigilant afin d’éviter chez votre élève l’isolement, la dépression et les effondrements autistiques.

Ce que je peux faire

  • Permettre à l’élève de taire, ou selon son choix, de dévoiler son autisme (à travers un exposé par exemple)
  • Mettre en place un référent auquel il puisse s’adresser en cas de besoin. Il doit s’agir d’une personne adulte en laquelle il a confiance (infirmière, CPE, surveillant, professeur, etc.) qui puisse jouer un rôle de tutorat et faire un retour vers les professionnels concernés en cas de difficulté majeure.
  • Accepter que l’élève ait besoin de moments de retraits
  • Proposer un code pour mettre en place certains aménagements sans que cela ne soit stigmatisant
  • Avoir confiance en votre élève, lui montrer que vous croyez en ses capacités
  • Utiliser un langage et une intonation ordinaire (qui ne soit pas involontairement infantilisant)

Je laisse le mot de la fin à Hugo Horiot, écrivain, comédien et autiste : « Les autistes, nous sommes obligés d’être infiltrés car si votre autisme est révélé aux autres vous allez être infantilisé, vous allez perdre votre travail (si vous en avez un) et on va vous considérer comme quelqu’un qui est forcément handicapé, voire malade, alors que l’autisme c’est une situation de handicap »

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La liste des aménagements proposés dans cet article n’est évidemment pas exhaustive et sera à adapter en fonction du profil de votre élève. Néanmoins, au collège et encore plus au lycée, nombreux sont les élèves qui n’ont plus ou presque plus d’aide humaine (AESH) en classe.
Les aménagements que vous allez mettre en place pour eux seront le relais qui leur permettra d’avancer vers l’autonomie et la réussite.

Merci pour votre implication ! 🙏
Merci pour nos enfants 💙

Les PDF de cet article en trois volets sont téléchargeables dans la Toolbox du site.

NB : Pour les petits curieux qui ne savent pas à quoi fait référence Florence Mendez au début de son interview (j’avoue que je n’en savais rien non plus et que j’ai trouvé le propos choquant), j’ai trouvé une petite explication sur le site de National Géographic qui fait froid dans le dos.

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9 réflexions sur “Autisme au collège et au lycée : les aménagements pédagogiques”

  1. Très très intéressant. Je note précieusement toutes ces pistes pour essayer d’accompagner aussi bien que possible, ma fille dans sa scolarité fin de collège et lycée. Merci !

  2. Je tombe sur cet article et je découvre de plein fouet la mesure des difficultés qu’un autiste, jeune garçon / jeune fille de surcroit, peut vivre ! Merci d’avoir mis en lumière tout ça et de proposer de si nombreuses solutions pour aider les jeunes à avancer dans leurs apprentissages avec leurs spécificités.  » Tout le monde est un génie. Mais si vous jugez un poisson sur ses capacités à grimper à un arbre , il passera toute sa vie à croire qu’il est stupide » disait Einstein. Adaptons l’enseignement aux spécificités de chacun, il en ressortira bien plus de réussites pour l’individu et pour la société !
    Merci pour cet article extraordinaire

  3. Bonjour, Merci beaucoup pour ce document précieux. Ma question porte sur la procrastination. Plusieurs élèves autistes en lycée (Suisse) doivent effectuer un travail de maturité (équivalent bac). J’observe que certains peinent à se mettre à la tâche, changent plusieurs fois de thèmes car ils ne trouvent pas l’inspiration, n’avancent pas leur travail seul et attendent d’être en ma présence pour continuer la recherche et l’écriture de leur travail. Malgré un échéancier hebodmadaire, voire quotidien, ils ont énormément de difficultés à se mettre au travail et rest figé face à la tâche.
    Actuellement la seule solution que j’ai trouvée est d’entreprendre quotidiennement le travail par téléphone avec ces élèves pendant 1h chacun. Ceci n’est pas viable et ils n’apprennent pas à dépasser ce fonctionnement handicapant.
    Comment les aider dans ces conditions? Je suis consciente que c’est aussi une question de gestion du stress, comment aider le jeune dans ce domaine?
    Merci pour votre réponse,
    Gaëlle Bercher

    1. La procrastination n’est malheureusement pas un état spécifique à l’autisme 😁 Je crois que n’importe quel procastineur devrait apprendre qu’il suffit de se mettre 5 minutes à la tâche pour être lancé.
      En revanche, une difficulté à engager une action et à ne pas savoir comment la commencer relève plus d’un trouble dysexécutif et peut-être, vous avez raison, d’une anxiété latente. Le manque d’inspiration peut être en lien avec un niveau d’abstraction faible ou une difficulté à accéder à la symbolique du contenu à travailler. Cela dépend de chaque individu.
      L’idéal serait de mettre en place des fiches méthodologiques avec des exemples pour aider vos élèves à construire le raisonnement attendu étape par étape.
      Votre rôle, même s’il démontre une très grande bienveillance de votre part, n’est pas de les diriger dans leur travail au téléphone quand ils ne sont plus en classe. Ils doivent apprendre à travailler en autonomie et le travail à faire à la maison doit être supervisé par la famille ou un soutien scolaire, pas par vous.
      Je ne sais pas comment fonctionne la scolarité en Suisse mais il me semble que ce temps vous appartient. Si vous les aidez autant en dehors de votre temps de cours vous leur apprenez à se reposer sur vous.
      Contactez les familles et proposez des supports pédagogiques à utiliser chez soi 😉

  4. Merci beaucoup pour ces 3 articles.
    Concernant le livre « les enfants d’Asperger », que j’ai acheté dès sa parution, c’est clair qu’il fait froid dans le dos… Et même si employer le terme « symdrome d’Asperger » est passé dans le langage courant, je pense que si tout le monde avait lu le livre, plus personne n’aurait envie de faire référence à cette personne…

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Autisme au collège et au lycée : les aménagements pédagogiques
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